Ce programme est préparé au cours de l'année 2016/2017 et présenté au cours de concerts en 2017.

Festival Te Deum
Musique anglaise de Byrd à Britten


William Byrd : Mass for four voices (Kyrie, Gloria, Sanctus, Agnus Dei)

Henry Purcell : Hear my prayer

John Blow : Salvator mundi 

Henry Purcell : Man that is born of a woman

Henry Purcell : In the midst of life

Gustav Holst : Psalm 86 

Charles Villiers Standford : Magnificat in G

Charles Villiers Standford : Justorum animae 

Ralph Vaughan Williams : Antiphon

Benjamin Britten : Festival Te Deum


Durée : 1 heure environ

La tradition chorale britannique
La tradition chorale au Royaume-Uni est unique. L’Angleterre reste l’un des rares pays d’Europe où les chœurs de cathédrales se produisent régulièrement à l’occasion des services religieux quotidiens, et la perpétuation de cette tradition fait l’envie des chefs de chœur dans le monde entier. Cette pratique, source de joie et de fierté pour les chanteurs comme pour les paroissiens britanniques, demeure profondément ancrée dans leur vie. Chaque université britannique possède sa propre chorale, mais certaines en comptent beaucoup en leur sein. Le chant choral sous toutes ses formes est célébré dans tout le pays lors d’événements suivis par une vaste majorité de la population, comme les chants de Noël du King’s College, les mariages royaux et les funérailles nationales.

Les huit offices religieux quotidiens chantés dans les cathédrales par les moines sont le point d’origine de ces chorales, comme en témoignent des manuscrits du XIe siècle, les tropaires de Winchester, à la base de toute la musique chorale occidentale. Une partie relevait du plain-chant, tandis qu’une seconde (peut-être improvisée) reposait en partie sur des harmonies. C’est de là que provient la polyphonie, et tout au long de la Renaissance une musique chorale sacrée d’une beauté saisissante fut ensuite composée et chantée dans d’innombrables églises et chapelles.
La Réforme des années 1530 entraîna la dissolution des chœurs par Henri VIII d’Angleterre, contrecoup de la scission avec l’Église catholique romaine. Dès lors, la messe en latin fut supprimée et remplacée par une liturgie en anglais, ce que les petites gens étaient mieux à même de saisir. 

La guerre civile anglaise (1642-49) voit l’avènement du puritanisme et la destruction des recueils de musique et des orgues ainsi que la dissolution des chœurs. Charles II réintroduit progressivement la musique de cathédrale après la Restauration de 1660, tandis que John Blow, maître de chapelle de la cathédrale Saint-Paul commence à élaborer avec son protégé Henry Purcell un style choral anglais distinctif. 

Au XVIIIe siècle, les chorales tombent dans l’oubli, ce qui marque une nouvelle période d’incertitude, mais dès le milieu du XIXe siècle, elles connaissent un regain d’intérêt avec l’enracinement définitif de la musique et des rites.


William Byrd (1539/40-1623) : Mass for four voices (Messe pour 4 voix) (Kyrie, Gloria, Sanctus, Agnus Dei)
Outre sa magnifique barbe en pointe, William Byrd est célèbre pour sa contribution à l’élaboration de madrigaux anglais. Il était également organiste et compositeur. 
Sa Mass for four voices que nous interprétons librement aujourd’hui fut composée après la Réforme, à une époque où la simple possession d’arrangements musicaux destinés à la liturgie catholique était interdite sous peine d’emprisonnement. Byrd décida ainsi de les publier sous forme de bifolios, plus faciles à dissimuler. De nombreuses partitions furent irrémédiablement perdues, mais cette sublime composition a heureusement survécu.

Henry Purcell (c.1659-1695) : 
Hear my prayer (Entends ma prière)
Man that is born of a woman (L’homme né de la femme)
In the midst of life (Au milieu de la vie)
Ce compositeur anglais né au milieu de la période baroque est surtout connu pour son semi-opéra Didon et Énée en un prologue et trois actes, qui comprend le poignant When I am Laid in Earth, ou le Lamento de Didon. À en juger par les portraits du grand homme, il avait également un faible pour les perruques imposantes. 
Hear my prayer se compose de huit parties, avec une tierce mineure évoluant vers un chromatisme dont le pathos est incroyablement émouvant et mélancolique.
Man that is born of a woman et In the midst of life furent interprétés pour la première fois à l’occasion des funérailles de la reine Mary II en mars 1695. 

John Blow (1649-1708) : Salvator mundi 
Maître de Purcell et de nombreux autres jeunes talents, son unique opéra, Venus and Adonis, aurait influencé le Didon et Énée de Henry Purcell, qui, n’en déplaise peut-être à Blow, connut un succès retentissant. John Blow fut maître de chapelle de la cathédrale Saint-Paul et organiste de l’abbaye de Westminster, à la fois avant et après son élève Purcell. Tout comme son protégé, John Blow vouait une affection toute particulière aux extravagances capillaires. 

Gustav Holst (1874-1934) : Psaume 86 
Holst, qui ne se séparait jamais de ses petites lunettes rondes, est passé à la postérité avec sa suite pour orchestre Les Planètes. Cette œuvre connut un regain de popularité lorsque Kiri Te Kanawa interpréta The World in Union, hymne officiel de la Coupe du monde de Rugby de 1991, sur l’air de la partie milieu de Jupiter, the Bringer of Jollity. L’air a aussi été utilisé pour l’hymne anglaise I Vow to Thee My Country.
Les paroles du premier texte (jusqu’au solo du ténor) semblent avoir été rédigées par Joseph Bryan ou Francis Davison, mais, comme le suggère le titre, la partie suivante provient de la version autorisée de la Bible (Psaume 86: 1-2, 12).

Charles Villiers Stanford (1852-1924) : Magnificat in G, Justorum animae
Né en Irlande, Stanford rejoint l’Angleterre pour étudier au Queen's College de Cambridge, avant d’être nommé organiste au Trinity College. À l’âge de 29 ans, il devient l’un des premiers professeurs du prestigieux Royal College of Music, puis embrasse la carrière de professeur de musique à Cambridge en 1887. 
Goûtant peu au modernisme, il a composé son œuvre en s’inspirant de compositeurs classiques, notamment de Brahms. Il comptait parmi ses disciples Gustav Holst et Ralph Vaughan Williams, dont la réputation vint surpasser celle de leur maître.
Outre son Magnificat in G, Stanford a écrit des opéras, des morceaux pour orchestres, des symphonies, des concertos et des rhapsodies irlandaises, soit près de 200 œuvres diverses.

Ralph Vaughan Williams (1872-1958) : Antiphon 
Fortement marqué par la musique Tudor et la chanson folklorique anglaise, Vaughan Williams s’est formé auprès de Stanford à Cambridge. Il a donné naissance à des œuvres qui permirent à la musique britannique de s’émanciper du style allemand prédominant, qui a influencé les compositeurs au XIXe siècle. Il eut pour ambition d’ouvrir la musique au plus grand nombre, et rédigea ainsi de nombreuses pièces pour musiciens amateurs et étudiants en musique, à la plus grande joie des professeurs d’aujourd’hui. Il vécut longtemps à Cambridge, tout comme Stanford, et noua une longue amitié avec Holst, qui avait également étudié dans cette ville.
Vaughan Williams doit sa réputation à ses symphonies, mais il a également écrit des pièces pour musique de chambre et musique vocale, ainsi que des opéras et des ballets.
Antiphon est tiré de Five Mystical Songs, une composition qu’il a écrite entre 1906 et 1911. Elle s’inspire des poèmes du prêtre George Herbert, même si Vaughan Williams était lui-même athée à cette époque. 

Benjamin Britten (1913-1976) : Festival Te Deum
Le Baron Britten of Aldeburgh, ou peut-être Benny pour les intimes, est considéré comme le compositeur par excellence des plus grands opéras anglais depuis Henry Purcell. Comme tout enfant prodige, il commence à composer dès son plus jeune âge, avant d’intégrer le prestigieux Royal College of Music de Londres.
Il écrit son Festival Te Deum en 1944 pour commémorer le centenaire de la St Mark’s Church de Swindon, où il est joué pour la première fois en 1945. Il alterne entre unissons et polyphonies complexes, et recourt à un vaste éventail de chiffrages de mesure. Pour corser le tout, l’indication de la mesure dans l’accompagnement de l’orgue offre est différente de celle des parties vocales.