Ce programme est préparé au cours de l'année 2013/2014 et présenté au cours de concerts en 2014.

Miserere d'Allegri
 

Johann Melchior GLETLE (1626-1683, suisse) - Ave Maria

Morten LAURIDSEN (1943, américain) - Ave Maria


Michael PRAETORIUS (1571-1621, allemand) - Es ist ein Reis entsprungen

PRAETORIUS/ Jan SANDSTRÖM (1954, suédois) - Es ist ein Reis entsprungen


Cristóbal de MORALES (c.1500-1553, espagnol) - Messe "Mille regretz" - Agnus Dei

Rupert LANG (1948, canadien) - Agneau de Dieu


Gregorio ALLEGRI (1582-1652, italien) - Miserere

James MACMILLAN (1959, écossais) - Miserere


Eric WHITACRE (1970, américain) - Alleluia



Ce concert met en miroir des pièces sacrées d'hier et d'aujourd'hui. Ou comment des compositeurs à cinq siècles d'écart ont été inspirés par un même texte. Il est intéressant de noter l'utilisation très fréquente de musique ancienne dans les pièces composées au XXIe siècle: le passé reste fortement présent et permet ensuite d'explorer d'autres éléments de langage plus actuels. Mais la poésie et la magie de ces textes mis en musique demeure après cinq ou six siècles, et passé et présent ne font plus qu'un dans l'Alleluia final de ce concert. Bon voyage!



Johann Melchior GLETLE (1626-1683, suisse) - Ave Maria

Johann Melchior Gletle, suisse faisant carrière à Augsburg en Bavière, est organiste, compositeur prolifique de musiques religieuse destinées aux offices catholiques (messes, psaumes, motets), de chansons populaires humoristiques ainsi que plusieurs pièces pour cet étrange instrument qu’est la trompette marine.

Faute d'éditions pratiques, ses œuvres ne sont presque jamais données en concert. Les recherches effectuées à la Zentralbibliotheke de Zürich et à Vienne, notamment par Pierre Cao, les progrès fait sur l’interprétation des sources et notations et sur les instruments baroques ont permis de revoir complètement la façon de faire sonner réellement sa musique.

L’Ave Maria est extrait des Vêpres sous Charles VI à Vienne.

Morten LAURIDSEN (1943, américain) - Ave Maria

Morten Lauridsen est un compositeur américain d'ascendance danoise. Son travail a été récompensé par de nombreux prix. Avec James Mulholland et Eric Whitacre, Lauridsen est l'un des compositeurs américains de chant choral les plus réputés. Il écrit de la musique sacrée et profane.

Une bonne part du charme de Lauridsen vient de ses harmonies colorées par l'ajout de note à des accords, avec notamment ce qu'on pourrait appeler une «signature» : une structure harmonique de premier renversement d'un accord parfait majeur auquel s'ajoute une quarte juste ou une seconde majeure sur la fondamentale. Il compose cet Ave Maria en 1997, écho de celui de Gletle plus de trois siècles antérieur.


Michael PRAETORIUS (1571-1621, allemand) - Es ist ein Reis entsprungen

Né en 1571 au centre de l'Allemagne, Praetorius est considéré comme l'un des meilleurs compositeurs luthériens. Pour la seule musique religieuse, il laisse plus de mille pièces vocales et instrumentales. De plus, Praetorius transcrit de nombreuses œuvres dites « populaires » qui provenaient du folklore allemand depuis des siècles.

Sur un texte de deux strophes de 1599 (trois autres strophes seront ajoutées en 1844), Praetorius réalise en 1609 cette harmonisation à 4 voix, chant de Noël qui raconte comment une rose éclôt au milieu de l'hiver, allégorie de la nativité et de la foi. Cette chanson liturgique, mondialement chantée depuis quatre siècles, connue en français avec les paroles "Dans une étable obscure", a aussi été réutilisée par des compositeurs comme Brahms et Sandström.

PRAETORIUS/ Jan SANDSTRÖM (1954, suédois) - Es ist ein Reis entsprungen

Jan Sandström fait partie des compositeurs suédois les plus joués à travers le monde. Dans sa musique, il donne une place importante aux œuvres pour la voix (musique chorale et opéra) mais compose également pour instruments (Motobike Concerto pour trombone).

Dans cette pièce composée en 1990, Sandström fait chanter la première strophe de la pièce de Praetorius à un premier chœur à quatre voix, fidèlement mais très ralentie, comme un souvenir, dans l'écrin d'un second chœur à huit voix bouches fermées à l'écriture harmonique consistant en des nappes sonores progressivement arpégées puis lentement évolutives.


Cristóbal de MORALES (c.1500-1553, espagnol) - Messe "Mille regretz" - Agnus Dei

Ce compositeur de musique sacrée de la Renaissance vit en Andalousie puis dix ans à Rome où il chante comme baryton à la chapelle Sixtine. Il a écrit une centaine de motets et 18 Magnificat. Parmi les 22 messes qu'on a retrouvées de lui, 8 utilisent la technique de la parodie comme cette messe à six voix entièrement construite sur la célèbre chanson profane Mille Regretz de Josquin des Prez (c.1450-1521, franco-flamand) : la mélodie est utilisée de telle manière qu'on peut l'entendre à tout moment au moins à l'une des voix, ce qui procure à cette œuvre une grande richesse et unité stylistique.

Rupert LANG (1948, canadien) - Agneau de Dieu

Originaire du Montana à l'ouest du Canada, ses études musicales le mènent en Angleterre puis il s'installe à Vancouver où il crée deux chœurs et est organiste. Sa production est uniquement religieuse.

Ecrit en 2002 et sa seule composition sur un texte français, son Agneau de Dieu contraste avec celui plein de panache de Morales : tout en simplicité et en intériorité, il fait dialoguer deux chœurs à huit et quatre voix et un ténor solo sur des harmonies propres à créer l'émotion... et la paix.


Gregorio ALLEGRI (1582-1652, italien) - Miserere

Il est chantre d'église et compositeur à Rome. Ses compositions de motets et musique religieuse le font remarquer par le pape Urbain III qui l'engage à la Chapelle Sixtine. Son Miserere, 1638, acquiert rapidement une grande réputation et le Vatican s'en réservera pendant longtemps la production et la diffusion, uniquement pendant la semaine sainte et à la Chapelle Sixtine. Las, le jeune Mozart l'écoutant en 1769 dans la pénombre le transcrit de mémoire en ressortant, ce qui permettra son édition.

C'est un très bon exemple du style polyphonique de la Renaissance appelé stile antico. Deux chœurs se répondent. Un verset sur deux est psalmodié. Basé sur un schéma musical très simple et atteignant très régulièrement le suraigu, le miserere dégage un grand sentiment de pureté.

James MACMILLAN (1959, écossais) - Miserere

Compositeur et chef d'orchestre, ses sources d'inspiration sont la spiritualité, la politique et la musique traditionnelle écossaise. Plus de 200 œuvres concernent toutes les formations orchestrales, vocales et de chambre.

Ecrit en 2009 pour le chœur britannique "The Sixteen", le Miserere présente puis combine l'homorythmie, le contrepoint, le contrepoint avec accords tenus et la psalmodie. Les lignes mélodiques complexes avec appoggiatures brèves, les figures rythmiques comme les quintolets, les rencontres harmoniques tendues et insistantes, les contrastes dynamiques, tout cela malmène l'auditeur et témoigne de la conviction du compositeur à exprimer chacun des versets de ce psaume fondateur.


Eric WHITACRE (1970, américain) - Alleluia

Eric Whitacre est un compositeur américain de musique orchestrale, de chant choral et de musique électronique. Il dirige également plusieurs ensembles sur les continents européen, asiatique, australien et américain. Soucieux de propager la pratique du chant choral, Eric Whitacre réalise un projet de chœur virtuel, avec plusieurs milliers de choristes du monde entier.

Il écrit en 2000 une pièce pour orchestre d'harmonie (vents et percussions) October qui évoque et célèbre sa passion pour ce mois d'automne. En 2010, il commence seulement dans sa vie à porter un intérêt pour la religion et la liturgie et sa première et unique oeuvre à texte religieux est cet Alleluia, arrangement direct et fidèle d'October pour chœur a cappella. Un critique, Robert Hollingworth, a pu écrire d'Eric Whitacre : "Ce qui vous frappe est l'honnêteté, l'optimisme et la foi pure qui passe toute prétention. C'est une musique qui peut réellement vous faire sourire."